Xavier Ronsin a été nommé directeur de l’ENM ce 15 février, en conseil des ministres. Depuis mai 2008, il occupait les fonctions de procureur de la République, près le tribunal de grande instance de Nantes. Malgré des dossiers extrêmement complexes à gérer, il laisse derrière lui une juridiction apaisée et renforcée, aux yeux de beaucoup d’observateurs. Rencontre.
Vous êtes auditeur de la promo 1980. En 30 ans, l’Ecole a beaucoup évolué. Quelle image en avez-vous aujourd’hui ?
« Depuis 30 ans, l’Ecole est restée pour moi, comme pour beaucoup de magistrats, un remarquable point d’ancrage, un formidable centre de ressources, d’appui, et de modernisation de l’institution judiciaire. Je sais aussi que, pour beaucoup de pays étrangers, elle est une référence de premier ordre pour son modèle de formation, et qu’elle est à ce titre fréquemment sollicitée.
Mais j’observe également que les missions de l’Ecole se sont diversifiées au fil des années: car à la formation initiale ou continue, s’est ajoutée la formation déconcentrée au plus près des publics. Ceux- ci se sont eux-mêmes élargis de manière continue à la demande du ministère de la justice et de ses partenaires institutionnels (juges consulaires, juges de proximité, délégués du procureur, conciliateurs, élèves avocats, avocats etc., bientôt peut être les experts judiciaires). En outre des partenariats fructueux se sont naturellement mis en place notamment avec le réseau des écoles du service public.
Une de mes grandes attentes avant d’arriver à l’Ecole est donc de comprendre quelles priorités ont été fixées par nos autorités de tutelle et par mes prédécesseurs afin d’expertiser au plus vite si nous avons les moyens de nos politiques, et de décider si des choix doivent rapidement être faits pour répondre au difficile mais enthousiasmant défi de former le nombre considérable d’auditeurs de justice qui seront recrutés en 2012. »
En quoi votre expérience peut elle enrichir la pédagogie de l’Ecole ?
« C’est naturellement avec beaucoup d’humilité que j’espère pouvoir contribuer au rayonnement d’une école déjà remarquable par son dynamisme, sa polyvalence, sa réactivité et sa notoriété internationale.
Je suis avant tout un magistrat de terrain, qui a été notamment ces quatre dernières années « les deux pieds » dans l’action publique du quotidien mais aussi dans la gestion de dossiers un peu « hors normes ».
Je me suis aussi passionné pour le co-pilotage d’une grande juridiction dans la sixième ville de France et pour ce que l’on appelle communément « la conduite du changement ».
Comme j’ai eu en outre la chance d’exercer dans le passé aussi bien en administration centrale qu’en cour d’appel, d’avoir contribué directement à la formation initiale de nombreux auditeurs et à la formation continue déconcentrée de magistrats, j’arrive à l’Ecole avec une vision déjà concrète des métiers et missions auxquels préparer nos auditeurs, et j’espère une bonne perception des réformes en cours d’application dans les juridictions pour lesquelles la formation continue est un levier indispensable.
Mon ambition est de pouvoir confronter cette expérience et ce ressenti « de terrain » avec toute l’expertise des équipes de formation de l’école.
Mon premier devoir de directeur sera donc d’apprendre, et ce sera avec une grande joie ! »
Retour sur son parcours
Des liens anciens avec l’Ecole
Né en 1957 à Beaune, maître en droit privé et lauréat de la faculté de droit de Dijon en 1978, Xavier Ronsin est issu de la Promotion 1980 A de l’ENM (Pierre MICHEL). Par la suite, il entretiendra des liens réguliers avec l’Ecole au travers de nombreuses missions : ancien directeur des centres de stage de Lorient (1986 à 1988) puis de Roanne (1991 à 1994), membre du groupe de travail sur le statut des magistrats délégués à la formation (1999), magistrat délégué à la formation auprès des cours d’appel d’Angers (1998 à 2002 ) puis de Rennes (2005 à 2008), il a été membre du conseil d’administration de l’ENM de 1999 à 2002. Il est également depuis plusieurs années un conférencier régulier de l’ENM, au titre de la formation continue des magistrats, spécifiquement sur les problématiques des politiques pénales confrontées aux violences contemporaines, ainsi que sur celles des rapports entre les médias et la justice.
Un ancrage fort dans la juridiction
Son ancrage profond dans la juridiction caractérise son parcours professionnel : Xavier Ronsin a été successivement juge d’instruction à Lorient (1982 à 1988), premier juge d’instruction à Chartres (1989 à 1990), procureur de la République à Roanne (1991 à 1994), substitut général à Angers (1994 à 2002), et avocat général à Rennes (2004 à 2008), en charge notamment de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) en matière de criminalité organisée et de délinquance économique et financière.
Un spécialiste de la pénologie
En confrontant son expérience de parquetier à l’administration pénitentiaire, Xavier Ronsin est devenu expert en pénologie. Il a notamment exercé les fonctions de chef de service, adjoint au directeur de l’administration pénitentiaire (2002 à 2004). Membre en 2001 puis en 2007 des deux comités d'orientation successifs de la loi pénitentiaire, mis en place auprès du Garde des sceaux, il est devenu en 2003 expert auprès du Conseil de l’Europe et à ce titre, au sein du comité pénologique (PC-CP). Il a également été membre du comité de rédaction des « règles pénitentiaires européennes », adoptées en janvier 2006 par le comité des ministres de la Justice des 47 pays du conseil de l’Europe.
Des engagements européens
Depuis 2007, Xavier Ronsin est membre au titre de la France du Comité européen pour la prévention de la torture et des traitements inhumains et dégradants (CPT), organe du Conseil de l’Europe. Par ce biais, il a participé à diverses missions d’inspection des lieux de privation de liberté au Luxembourg, en Italie, en Roumanie, en Moldavie et en Andorre.
Membre depuis 2009 de la commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), Xavier Ronsin est chevalier de la légion d’honneur et de l’ordre national du mérite.
Le magistrat n’est pas qu’un professionnel du droit et de la procédure, il est aussi un homme ou une femme soumis à des émotions, des tensions. Sa fonction l’expose particulièrement à des situations humaines tragiques, parfois violentes, qui peuvent le mettre en difficulté. Soucieux d’offrir un espace de dialogue et d’écoute aux magistrats, l’ENM propose depuis 2008 la formation « Le magistrat et les cas difficiles ». Celle-ci est animée par Philippe Chaillou, conseiller honoraire à la Cour de cassation et psychanalyste, et Gabriel Balbo, psychanalyste et président-fondateur de la Libre Association Freudienne.
Les auditeurs de justice de la promotion 2012 se sont mis dans la peau de magistrats, au cours de simulations d’audiences correctionnelles, les 19, 20 et 21 décembre derniers.
Promouvoir la médiation au sein des juridictions et sensibiliser les différents acteurs du monde judiciaire à ce mode amiable de règlement des différends. Tel était l’objet du colloque qui s’est tenu au TGI de Strasbourg le 26 novembre 2012, dans le cadre de la formation continue délocalisée de l'ENM et avec le soutien de Monsieur Benoît Rault, président du tribunal de grande instance de Strasbourg.
La formation dispensée à l’ENM dure 31 mois. Tout au long de leur cursus, les auditeurs de justice alternent périodes d’études à Bordeaux et stages sur le terrain. Ecole d’application du droit, l’ENM axe ses enseignements théoriques sur la pratique du métier de magistrat.