La commission d’avancement qui s’est tenue fin mars vient de recruter 24 nouveaux candidats à l’intégration directe dans la magistrature. Ces « recrutés latéraux » ont débuté leur formation à l’ENM Bordeaux le 21 mai 2012. Durant cinq jours, ils ont reçu un condensé d’enseignements théoriques, avant de partir en stage probatoire pour 6 mois. Leur prise de fonction est prévue courant 2013.
Une semaine de préparation
La semaine de formation à l’ENM est consacrée aux bases de la culture judiciaire : le statut et la déontologie des magistrats, la méthodologie du jugement civil, le statut et les missions du magistrat du parquet, l’audience pénale, les fonctions du juge d’instruction, du juge de l’application des peines et du juge des enfants ou encore la présentation des outils Intranet du ministère.
Si ces candidats à l’intégration directe ont déjà derrière eux une longue carrière professionnelle, leur expérience - pour précieuse soit-elle - ne leur permet pas de devenir immédiatement magistrat. Mettre à jour leurs connaissances, s’approprier les règles juridiques, éthiques et les savoir-faire des magistrats, constituent des exigences auxquelles ils ne peuvent déroger.
Un mode de formation accéléré
Pour ces futurs magistrats du siège ou du parquet, l’essentiel de la formation se déroule en effet dans les juridictions. A l’issue du stage qui est probatoire, trois avis sont émis à destination de la commission d’avancement : le premier par les maîtres de stage, le deuxième par l’ENM et le dernier par le jury de l’examen d’aptitude et de classement des 3 concours classiques. La commission d’avancement décide alors de l’intégration ou non du candidat. Après validation du poste proposé par le Conseil supérieur de la magistrature, les lauréats effectueront alors un stage de pré-affectation de 6 mois.
Cette formation accélérée n’a rien d’une formalité : « les recrutés latéraux n’ont pas de concours à passer, mais cette formation représente un véritable défi », souligne Laurent Zuchowicz, sous-directeur des stages à l’ENM. « Le temps de formation est très court et le stage très dense. Ce stage constitue un enjeu majeur, car ils doivent démontrer durant cette période leur aptitude à exercer les six fonctions de base. »
Un recrutement qui permet une diversité des profils
Ouvert à des candidats ayant un diplôme de niveau Bac +4 au minimum et une activité professionnelle justifiant une bonne connaissance juridique, ce mode de recrutement permet de postuler à une intégration directe, sans passer par la case concours. Les profils sont très diversifiés : le groupe qui vient d’être accueilli en formation à l’ENM compte ainsi 9 avocats, 1 juge de proximité, 1 rédactrice en chef de revues juridiques, 1 clerc de notaire, un commissaire de police, 1 directeur des services douaniers, 1 conseillère du médiateur de l’Energie…
Cette dernière, Marie-Françoise Le Tallec, 48 ans, souhaite intégrer la magistrature avant tout pour les valeurs qui la caractérisent : « l’éthique et la déontologie sont des piliers qui me paraissent essentiel à notre société. Au sein du service public, les fonctions de magistrat seraient pour moi parmi les plus nobles à exercer. Je suis notamment très attachée à l’exigence de rigueur ». Elle se donne le temps du stage pour découvrir les différentes fonctions et effectuer un choix de poste en connaissance de cause.
Motivation et appréhension
Si leurs parcours sont très diversifiés, les recrutés latéraux ont en commun leur extrême motivation : « C’est un public très à l’écoute, avide d’apprendre », observe Gérard Biardeaud, coordonnateur de formation à l’ENM, chargé de leur enseigner la méthodologie du jugement civil. « C’est un peu la quadrature du cercle pour eux car ils doivent rapidement aller à l’essentiel dans leurs jugements, tout en examinant les règles de droit de manière approfondie, un impératif auquel tous les magistrats se doivent de répondre d’ailleurs. »
Ce mode de recrutement implique également des efforts personnels. Pascal Filippi, directeur des services douaniers, domicilié à Paris, a fait le choix d’effectuer son stage au tribunal de grande instance de Metz : « En tant que fonctionnaire, mon traitement est maintenu, mais le stage probatoire, voire le stage de pré-affectation, m’éloigneront de ma famille pendant de longs mois. Il faudra gérer la transition. »
Début mars, 25 candidats à l’intégration directe, actuellement en stage probatoire, étaient déjà passés par les bancs de l’ENM. L’an dernier, ce mode de recrutement a permis d’intégrer 54 nouveaux magistrats.